Journée grise mais au-dessus de zéro à Courtice. Les rues sont maintenant miennes. J’adore ce petit bled et ses habitants. Je profite d’une pause midi pour me rendre au Petit Walmart de la communauté, situé à côté du Dollorama, d’un des nombreux nails shops et son complément culturel, s’il en est un, le Golden Gate Chinese Eatery and Takeout.

J’ai oublié mes lunettes de lecture à Québec et j’en ai vraiment besoin, ne pouvant plus sauver les apparences sur ce qui est devenu un déni gérontophobique ingérable. Seulement 3 modèles pour hommes contre une quinzaine pour mesdames.

J’aperçois les produits capillaires. Ce que j’utilisais depuis 4-5 ans ne se fait plus. Je vais toujours jeter un oeil au cas ou quelques bouteilles perdues n’accumuleraient pas un peu de poussière sur une tablette. Je vois deux préposées qui se tournent les pouces dans l’allée. J’évite leur regard afin de ne pas dire ce que je cherche, comme si moi et coquetterie étions aux antipodes. Je suis de cette génération, faut croire. J’ai qu’à regarder le tapis rouge des Grammys pour réaliser que les gars sont rendus aussi « habillés » et pomponnés que le sexe opposé.

Un homme âgé vient vers moi. Au moins 90 je dirais. Il m’aborde en anglais, évidemment. Il s’approche comme pour me dire un secret, tenant dans ses mains deux fioles: Brut 33 et Old Spice. Timide, il me dit tout bas: Pardon monsieur, savez-vous où je peux trouver un produit qu’on met sur son corps pour sentir bon?, me montrant ses aisselles.

Je me dis, il est confus le pauvre. Oh, c’est de l’after shave qu’il a dans ses mains. J’hésite à lui montrer les deux préposées qui se jouent après les ongles, regardant au plafond, semblant prier le ciel que Walmart leur permette un jour de texter sur la job. Ok Millies, je vais m’occuper du petit monsieur.

Je lui trouve son allée et lui montre les antisudorifiques. Il me repose sa question. Il est vraiment confus… non en fait. Il parle encore plus bas: C’est que… je… j’ai une sonde urinaire et parfois ça déborde un peu et je ne voudrais pas incommoder les gens avec l’odeur…

Ah…

Je lui montre des vaporisateurs pour le corps. Prenez ça! Dove Men Care. Je lui conseille de ranger son Brut 33 et son Old Spice (est-ce vraiment moins pire que de l’urine?).

Je suis son sauveur. Il me remercie chaleureusement, tel Christophe Colomb louant ses marins à la vue des côtes de San Salvador.

Je me rends compte à quel point les gars sont gênés de parler, de se livrer. Pas étonnant qu’on soit les champions pour ne pas consulter et, éventuellement, mettre fin à nos jours.

Je salue l’aîné qui est souriant et soulagé. Y’avait besoin de jaser à un gars, tout simplement, ce qu’il n’y a à peu près pas sur le plancher des grandes surfaces, mis à part quelques fiers à bras, au service auto ou dans l’entrepôt.

Je vais mon chemin et je souris en me disant que non seulement, la gêne nous prive-t-elle de plaisir mais aussi, malheureusement, d’avenir.

Bonne semaine 🙂